Page - Le métro

Auteur : nabi

Écrit le : 2019-03-03


Fatigué, je m’engouffre dans cette grande gueule ouverte vers le ciel, m’entrainant vers les longs couloirs s’entremêlant sous terre. L’air est chargée de mauvaises odeurs, que ce soit simplement la crasse, la poussière ou l’urine ou d’autres odeurs corporelles. J’arrive sur le quai, quasiment vide. C’était au moins une bonne chose, je n’aurai pas à m’imposer pour monter dans le métro, même si je le savais, j’allais grogner intérieurement, étant de mauvais poil. Le métro arrive dans une cacophonie de métal et de plastique, soufflant un air froid sur les travailleurs ou déambulateurs rentrants chez eux, les gens devant aller quelque part, et les autres, vivant là. Les portes s’ouvrent et les personnes descendant jouent des coudes pour passer entre les personnes trop impatientes pour les laisser descendre. Mon tour venu, je pénètre dans le métro, à la suite de mon collègue. Tel un mouton, je le suis alors qu’il va s’assoir, ce qu’il ne fait pas souvent, ce qui me fait justement penser :

Tiens, on s’assoit ce soir…

Et je suis. Fatigué. Assis, je remarque que les visages autour de moi le sont aussi, pour la plupart. Mais je n’en ai que faire. C’est vrai, après tout, qui sont ces gens pour moi ? Juste des inconnus ayant leur vie, souhaitant juste qu’on les laisse tranquille alors qu’ils rentrent chez eux, fatigués. D’ailleurs, ceux qui ne sont pas fatigués, qui discutent ou qui vont là où ils doivent être veulent surement qu’on les laisse tranquille. Mon collègue et moi discutons très peu, tentant de lancer la discussion sur des banalités, sans réussite.

Un arrêt. La voisine de mon collègue se lève et va se jeter dans Paris pendant que mon collègue prend sa place. Il lance la discussion sur le restau du soir et son nom, je lui réponds que je crois l’avoir vu sur l’appli. Il regarde et repart dans son mutisme. Je repars aussi dans mes pensées, occupées d’histoires et de truc à faire. Autour de moi, la lumière du métro fait rempart contre les ténèbres des tunnels, seulement entrecoupés des rares traits des rares lumières qui s’y trouvent. Je pense à une phrase cool à placer dans un écrit avec ces lumières, et je vois que j’ai placé la pensée, mais pas la phrase cool.

Un nouvel arrêt. Un mouvement juste en face de moi. Une jeune femme, plus jeune que moi vient de s’installer, mais de trois quarts. Je comprends qu’elle ne souhaite probablement pas me faire face, et l’idée me convient. Je la regarde comme on regarde quelqu’un venant d’entrer dans une pièce, puis retourne aux ténèbres des tunnels, souhaitant trouver un truc à dire dessus. Ne trouvant rien, je vagabonde sur les gens, les regardant un instant avant de passer à une autre personne. C’est à ce moment que je le vois. Alors que mon regard arrive sur une personne située un peu plus loin dans la rame, je détecte le regard furtif que la jeune femme devant moi m’a jeté. Sur le coup, je suis surpris. Je pensais, probablement bêtement, qu’elle s’était positionnée pour ne pas me regarder et que j’en fasse de même. En y repensant, je l’avais jugée alors que nous n’avions fait que nous observer, furtivement.

Nouvelle question de mon collègue, qui aura pour le coup le mérite de lancer la conversation. On rediscute du restaurant du soir, qui nous a été conseillé par la troisième personne nous accompagnant. Au cours de la conversation, je ne sais pas pourquoi, j’ai continué à regarder furtivement dans sa direction, et je constatais à chaque fois qu’elle faisait de même.

Quelques arrêts plus loin, nous sommes descendus, discutant d’autres banalités. Mais mes pensées n’étaient pas là. Je me disais que j’avais beaucoup entendu parler de ces rencontres fortuites, faites dans les transports ou ailleurs. C’est que là ça s’est passé dans les transports, donc je parle des transports. Ces rencontres, bien que courtes, marquent un peu, voir beaucoup. Et pour cette première rencontre muette, je l’avoue, j’ai été marqué.