Page - La maison aux chenilles

Auteur : nabi

Écrit le : 2018-12-16


Les deux jeunes filles se dirent alors au revoir, partant chacune de leur côté à l’embranchement de la rue du coquelicot et de la mare. L’une d’elle, Ombeline, leva les yeux vers cette maison en bois, posée sur une bute surmontant le reste du village. Son amie et elle venaient d’en parler. Cette maison était connue dans tout le village, comme sa propriétaire. Outre ses chocolats chauds divins, elle était connue pour ses locataires, arrivant tous les jours par centaines, pour s’y installer un moment, pour se préparer à leur nouvelle vie prochaine. Et ce sont justement ces locataires qui donnèrent son nom à cette masure de bois très bien entretenue. Tous les villageois l’appelaient la maison aux chenilles.

Elles venaient inlassablement tous les jours, sans que personne ne sache pour quelle raison elle le faisait. Elles avaient choisi ce lieux pour changer de chenilles à papillons, sans que rien n’y personne ne les y avaient forcé. Et cela allait bien à tout le monde. Elles offraient à la maison et au châtaigner qui lui servait de voisin, une palette de couleurs et de formes extraordinaires. Monochrome, bichrome et bien plus, elles semblaient toutes se pavaner, de vert, de rouge, de jaune, de mauve, de bleu ou de bien d’autres teintes. Certaines étaient bien petites, ne dépassant pas la taille d’une aiguille de pin, alors que d’autres étaient énormes, de la taille d’un beau cochon d’inde. Tout comme eux, certaines espèces de chenilles arboraient de longs poils, accompagnés ou non de longues cornes. D’autres étaient affublées de drôles de moustaches, provoquant l’amusement des enfants qui venaient les observer, alors qu’elles semblaient assez fières de ces appendices.

Lentement, mais surement, elles processionnaient avec détermination jusqu’à la demeure, pour pouvoir s’y reposer et s’y nicher pour évoluer. Tout ce voyage se faisait sous les regards fascinés, émerveillés et amusés des spectateurs, qu’ils venaient juste admirer le spectacle, s’amuser, s’instruire ou tenter de capturer un croquis. Jamais deux artistes souhaitant dessiner ces créatures, n’avaient réussi à produire deux œuvres similaires. Bien que la taille de cette ville fût réduite, cette attraction faisait venir les curieux, désireux d’observer ce spectacle. De fait, des auberges de jeunesses ou des petits hôtels avaient fleuris ici et là, fiers d’annoncer la vue directe sur la maison aux chenilles.

Dame Lépidot, l’habitante de la dite maison, était heureuse de voir tout ce monde venir assister à ce spectacle, étant donné que certains venaient lui rendre visite, échangeant quelques mot autour d’un bon chocolat chaud. Combien de fois avait-elle entendu cette maudite question ? Pouvez-vous me donner votre recette ? Elle ne le savait pas, et elle ne voulait plus l’entendre. Tout comme elle ne voulait plus voir ces vautours qui cherchaient à lui racheter sa maison, pour se faire une fortune sur le dos des chenilles ! Ça, jamais ! Elle se faisait un point d’honneur à ne jamais laisser cette colline, ce châtaigner ni ces chenilles à qui que ce soit de mal intentionné. Et jusqu’à aujourd’hui, elle avait tenu ! D’un geste agacé, elle repoussait la question de son âge. Ça ne l’intéressait pas, au contraire des chenilles. Tout ce qu’elle désirait c’est qu’elles puissent s’installer tranquillement, faire leur cocon, et prendre leur envol. Dame Lépidot entretenait avec le plus grand soin, le châtaigner de sa maison, pour que les chenilles y soient tranquilles et détendues.

Ce qui au final, fascinait le plus, était surement le moment magique de la transformation. Elles s’accrochaient à des branches ou à la façade de la maison à l’aide d’un fil de sécrétion pour ne pas tomber au cours de la transformation. Le temps faisant, toutes ces chenilles se changeaient en sublimes papillons, ouvrant leurs ailes pareilles à yeux sur le monde. Malgré tout ce beau spectacle, dame Lepidot ne pouvait s’empêcher d’être triste. Elle savait que bien que sublime, l’envol de ces papillons, n’était qu’éphémère.