Page - Similitude

Auteur : nabi

Écrit le : 2018-07-08


Le bougon s’installa en face de sa partenaire de bivouac et grimaça en humant l’odeur s’échappant du fait-tout.


Les deux survivants marchaient depuis plusieurs heures à présent, et tous deux remerciaient la végétation généreuse qui les protégeait des rayons du soleil. Seuls de rares rayons parvenaient à se frayer un chemin jusqu’au sol, en se faufilant par les ouvertures laissées par la frondaison. Les deux partenaires évitaient bien de passer dans les mares de soleil qui apparaissaient de-ci de-là, tant la chaleur qu’il y faisait était insoutenable et plombante. Meriem se rappelait que les adultes en parlaient aux enfants en les appelants « les plombs ardents ». Ils lui répétaient que les rayons profitaient de la hauteur impressionnante des arbres, pour frapper très fort le sol, ou ceux qui se trouvaient juste avant le sol.

      La progression était difficile, tant par le paquetage qu’ils devaient bringuebaler sur leur dos, mais aussi par le terrain chaotique laissé par la catastrophe, et recouvert par la nature. Des racines de toute taille serpentaient ici sur les restes d’une route en bitume, le tout recouvert d’une épaisse mousse verte et de nombreuses autres plantes aux couleurs splendides et attirantes. On trouvait justement de la « grande gueule », sur ces grandes routes. Cette mousse à la capacité de dévorer tout ce qui se pose sur elle, mieux vaut donc l’éviter.

      Archibald était revenu quelques minutes après son éclat de colère, avec deux rongeurs ressemblant à des lapereaux. Il s’installa devant un bol de fer blanc rempli de bouillon, et le regard noir de la jeune fille lui suffit à garder le silence. Ils n’avaient alors pas échangé un mot et un silence tendu les accompagnait dans leur marche. Archibald s’en voulait, mais ne savait quoi faire. Il avait toujours voyagé seul, et voilà qu’une gamine de pas quatorze ans venait se coincer dans ses pattes. Il se savait bourru et grincheux, mais il ne savait pas comment changer.

      Le vieil homme comprit en la voyant pointer un épais taillis qui fermait  la route. Après lui avoir fait signe de l’attendre, il se tortilla pour passer et voir ce que la nature leur cachait. Tous deux furent alors écrasés par la présence de béton, de verre et d’acier qu’ils avaient fui il y a des années. Lentement, le destin les avaient ramenés dans une ville de la démesure, imposante et luxuriante de béton.